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                          Un retour certain à une figuration choisie.

Ceux qui considèrent Gilles Chapel comme un peintre exclusivement taurin vont avoir quelques surprises cette année. Les taureaux ont couru jusqu’à la mer, traversant la Camargue, ses joncs, son sable, cette étendue qui n’est plus tout à fait la terre et pas encore la mer. Ils ont fatigués leurs sabots orgueilleux sur les terres gelées et essoufflés, ont contemplé incrédules, l’immensité liquide qui s’offrait à leurs yeux humides.

Un espace où la terre,  la mer, les mâts des bateaux s’entrechoquent,  réminiscences de combats d’un autre âge des gladiateurs dans l’arène. Le jaune et le rouge de l’arène se sont réduits jusqu’à ne former que de petits contrepoints dans une gamme chromatique laissant une large place aux bleus de Prusse, de cobalt, de cyan, à l’outremer, au turquoise et autres bleus nuits.

    Si la palette du peintre a changée, sa technique à également évoluée, et dans  ses toutes dernières toiles, la touche est plus large, moins tourmentée et les pigments naturels se mélangent à la résine synthétique pour atteindre à travers la masse et l’épaisseur, la transparence des éléments naturels.

La mer est un miroir qui possède cet étrange pouvoir de refléter l’âme du peintre et d’agir tel un révélateur photographique.

                                                                                          Elfi Roustan

 

                 2008 les peintures deviennent écritures verticales

                                                         

 Sur le support de toile roulée, l’écriture est devenue verticale.

L’objet suspendu déroule son histoire et c’est en haut que commence le discours de l’artiste.

Les images s’impriment sur un fond de papiers collées parfois rehaussés de couleurs vives. C’est comme si le peintre conjuguait les matières pour mieux réunir le travail fait par les uns et les autres, pour mieux dire au monde que l’unité naît parfois de la discordance.

Les sujets imprimés sont des instantanés d’images diverses qui agissent sur l’œil comme des caractères typographiques, comme ces idéogrammes orientaux pesants de leur noir pour être mieux lu.

Et le spectateur de haut en bas parcours le sujet et décrypte le message. Il arrive enfin à la tache de rouge dans laquelle est gravée le nom du créateur, ultime signe de la fin de l’histoire.

Prenant du recul, il embrasse le kakéjiku dont la forme soulignée au pastel gras l’emmène sur les bords de céramique qui plombent l’ensemble dans une parfaite verticalité.

Le rouleau peint déplié peut à nouveau être rangé, l’objet cylindrique peut renfermer ses secrets. 

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                                                                             « La Réalité est l’Essence de l’Abstraction ».

 J’écrivais cela, pleinement convaincu, il y a une trentaine d’années. Aujourd’hui, ma démarche est inverse. J’ai tellement « rajouté » à ce monde simplifié que je me trouve à présent face à une « réalité peinte » qui me « crève » les yeux et me rassure par contraste avec celle de la vie réelle où les valeurs ont tant été épurées qu’il n’en reste rien.

 Aux alentours de 1900, sous l’impulsion de mécènes visionnaires tel Siegfried Bing, les artistes contemporains sont invités à faire de l’art « utile ». Les Nabis envahissent les murs et l’espace ; Lautrec et Van Gogh se mettent au vitrail. C’est dans la frénésie de l’industrialisation que les artistes redeviennent artisans.

 Comme à l’apogée de chaque civilisation (Crète Minoënne, Grèce Antique, Egypte, Empire Romain, Chine, France des lumières, Europe Centrale des années 1900….), on retrouve l’essence même de la civilisation Japonaise qui demeure ma référence : l’Utile se doit d’être Beau. Les artisans pratiquent l’excellence et les meilleurs d’entre eux sont considérés non seulement comme des artistes  au sens noble du terme mais sont parfois même érigés au rang de « Trésors vivants Nationaux ». On devrait retrouver dans chaque objet cette grâce infinie, cette esthétique parfaite qui lui donne un statut à part et lui permet alors d’être exposé dans un espace spécifique dédié à l’Art.

 A contrario, durant les grandes périodes de déclin auxquelles je rattache notre époque (Chute de l’Empire Romain, Obscurantisme d’un certain Moyen-Age…), on observe un abâtardissement, une standardisation de l’objet d’art ainsi qu’une aliénation de la production artistique dans laquelle je ne me reconnais pas.

 Dans ma toute nouvelle «réalité », j’ai l’impression de mettre mes pas dans ceux des artistes du début du XXè siècle et de me retrouver décalé dans ce monde épuré, dépourvu de mes références à l’Art dit « contemporain ».

Ma création se situe dans le monde du visible, de la lisibilité universelle à l’inverse de ceux qui créent le monde d’un Invisible qui ne parle qu’à eux. Ces contemplatifs nombrilistes éviteraient-ils la lumière de peur de se brûler ? Préféreraient-ils   le jaune à la chaleur du soleil ? Epouseraient-ils l’abstraction ? Erigeraient-ils la  suprématie des formes en dogme ? Perdraient-ils donc de vue ce qui en faisait sa fonction ?

 L’analyse de l’abstraction nous ramène à cette réalité des choses du visible. La révolution est en marche.Je me sens artiste et artisan. Je joins l’utile à la beauté. Le Beau est dans l’utile. L’utile se doit d’être Beau.

 

Théophile Gautier, défenseur de « l’art pour l’art », écrivit en 1835 dans sa préface de « Mademoiselle de Maupin » :

« Tout ce qui est utile est laid…. L’endroit le plus utile des maisons, ce sont les latrines. »

(Moi, j’ajouterais simplement,  qu’il n’avait aucune idée de ma magnificence des latrines des Thermes romains ou gallo-romains….)

 

Marcel Duchamp lui répondit en exposant ses « Pissotières » en 1917….

 

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